Un jeune garçon concentré qui prend soin d'une poupée dans un environnement lumineux et bienveillant
Publié le 15 mars 2024

Offrir une poupée à un garçon n’est pas un acte politique, mais un levier de développement cognitif prouvé, essentiel à sa construction en tant qu’individu empathique et équilibré.

  • Cela active la « théorie de l’esprit », un mécanisme cérébral fondamental pour comprendre les émotions et les intentions des autres.
  • Cela enrichit le jeu symbolique, une forme de jeu cruciale pour l’acquisition du langage et des compétences sociales complexes.

Recommandation : L’enjeu n’est pas le jouet en lui-même, mais d’offrir une variété de stimulations pour garantir un développement cérébral complet, libre des limitations imposées par les stéréotypes de genre.

Vous êtes dans le rayon jouets. D’un côté, les emballages bleus et noirs, promesses d’action et de construction. De l’autre, un univers de rose, de poupons et de cuisines miniatures. Votre fils, lui, pointe un couffin. Une hésitation vous traverse. « Est-ce une bonne idée ? Que vont dire les autres ? ». Cette scène, familière à de nombreux parents, cristallise une tension profonde entre nos convictions et des décennies de conditionnement social. En tant que psychologue du développement, je peux vous assurer que cette question est loin d’être anecdotique. Elle touche au cœur du développement de l’intelligence émotionnelle de nos enfants.

On entend souvent que « les jouets n’ont pas de genre » ou qu’il faut « laisser l’enfant choisir ». Si ces affirmations partent d’une bonne intention, elles restent en surface et ne fournissent pas aux parents les clés de compréhension pour défendre ce choix, ni les arguments pour saisir son incroyable potentiel. Car la question n’est pas de savoir s’il est « acceptable » qu’un garçon joue à la poupée. La véritable question, bien plus passionnante, est : quelles compétences fondamentales et universelles ce type de jeu permet-il de construire dans le cerveau de votre enfant, compétences que les jouets traditionnellement « masculins » stimulent moins ?

Cet article propose de dépasser le débat idéologique pour entrer dans le champ de la psychologie cognitive et du développement. Nous allons déconstruire, étape par étape, les mécanismes par lesquels le jeu de poupée et, plus largement, une éducation libérée des stéréotypes, ne se contente pas de rendre un enfant plus « ouvert », mais le rend littéralement plus intelligent sur le plan social et émotionnel. Des mathématiques aux émotions, de l’exemple parental aux choix vestimentaires, vous découvrirez comment chaque aspect de l’éducation contribue à former des enfants plus complets, plus résilients et mieux armés pour le monde de demain.

Pour naviguer à travers ces concepts clés et vous fournir des outils concrets applicables dans votre quotidien de parent en Belgique, nous avons structuré cet article comme une exploration progressive. Voici les thèmes que nous aborderons ensemble.

L’effet Matilda : comment encourager sa fille à s’intéresser aux mathématiques dès le primaire ?

Avant même d’aborder le cas des garçons et des poupées, il est essentiel de comprendre que les stéréotypes de genre sont un carcan à double sens. Si l’on décourage les garçons d’explorer les compétences relationnelles, on décourage tout aussi activement les filles de s’investir dans les domaines scientifiques et techniques (STEM). C’est ce qu’on nomme l’« effet Matilda » : la minimisation ou la négation systématique de la contribution des femmes à la recherche scientifique. Ce biais s’ancre dès le plus jeune âge, souvent de manière inconsciente, à travers des remarques, des attentes différenciées et un manque de modèles.

En Belgique, le chemin vers la parité progresse mais reste incomplet. Si l’on compte près de 45% de femmes dans les métiers scientifiques, des disparités persistent dans certains secteurs de pointe. Lutter contre ces stéréotypes implicites n’est pas seulement une question de justice, c’est une question de potentiel. En privant les filles d’un accès psychologique aux sciences, nous nous privons collectivement de leurs talents. L’antidote le plus puissant est l’exposition à des modèles féminins concrets et inspirants.

Étude de cas : Sarah Baatout, un modèle belge pour les sciences

Plutôt que d’évoquer Marie Curie, une figure historique lointaine, parlons de Sarah Baatout. Directrice de l’Unité de radiobiologie du Centre belge d’études nucléaires, elle travaille aussi bien sur l’amélioration des traitements contre le cancer que sur la protection des astronautes. Son parcours montre aux jeunes filles belges qu’une carrière scientifique est non seulement accessible, mais qu’elle a un impact tangible et passionnant sur le monde, de la santé à l’exploration spatiale. Ces modèles contemporains sont des preuves vivantes que les sciences ne sont pas un « club de garçons ».

Pour les parents, l’enjeu est de rendre les sciences visibles et désirables. Il ne s’agit pas de forcer une vocation, mais d’ouvrir une porte que la société a tendance à laisser entrouverte. En valorisant la logique, l’expérimentation et la résolution de problèmes au quotidien, vous bâtissez les fondations d’une curiosité qui ne se laissera pas intimider par les clichés.

Votre plan d’action pour contrer l’effet Matilda en Belgique

  1. Présenter des modèles : Faites découvrir à votre fille des figures belges contemporaines comme la mathématicienne Ingrid Daubechies, plutôt que de vous limiter à des icônes historiques.
  2. Participer aux événements : Repérez et participez aux « Journées Filles et Sciences » organisées chaque année en Wallonie pour une immersion positive et collective.
  3. Initier au code : Envisagez d’inscrire votre fille à un stage de codage pour filles, proposé par des associations locales comme CodeNPlay à Bruxelles, pour démystifier la technologie.
  4. Consulter les ressources officielles : Explorez les outils et programmes mis en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles visant spécifiquement la promotion des STEM auprès des jeunes filles.
  5. Valoriser au quotidien : Montrez les applications concrètes des mathématiques dans la vie de tous les jours, de la cuisine au bricolage, pour ancrer leur utilité loin des bancs de l’école.

Consentement et bisous : comment apprendre à son enfant à dire non aux câlins de la famille ?

Déconstruire les stéréotypes de genre, c’est aussi et surtout apprendre à écouter et à respecter les émotions, celles des autres comme les siennes. Or, cette compétence s’ancre dans le respect le plus fondamental : celui de l’intégrité corporelle. La scène est un classique des réunions de famille : « Fais un bisou à Tonton pour dire bonjour ! ». Si l’enfant refuse, il est souvent taxé de timidité ou de caprice. Pourtant, en forçant ce contact physique, nous envoyons un message psychologiquement dévastateur : « Tes ressentis et tes limites corporelles sont moins importants que les conventions sociales ou le désir d’un adulte ».

Apprendre à un enfant, fille ou garçon, qu’il a le droit de dire « non » à un contact physique, même affectueux, est la première leçon de consentement. C’est lui donner le pouvoir sur son propre corps et valider ses émotions comme une boussole interne légitime. Un enfant qui apprend que son « non » est respecté dans le cercle familial sécurisant sera un adolescent puis un adulte plus à même de poser ses limites et de respecter celles des autres. Cela n’a rien à voir avec un manque d’affection ; il s’agit de dissocier le respect et l’amour de l’obligation physique.

Comme le souligne l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) en Belgique, l’écoute des signaux de l’enfant est une tâche centrale pour les adultes qui l’entourent. Leur guide sur l’accompagnement des émotions rappelle l’importance de décoder les messages non-verbaux :

Les pleurs des bébés et jeunes enfants ne laissent pas indifférents… Le décodage et la réponse apportée par ce dernier seront centraux mais sont loin d’être des tâches faciles.

– Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), Guide sur l’accompagnement des pleurs des jeunes enfants

En tant que parent, votre rôle est d’être l’interprète et le protecteur des limites de votre enfant. Vous pouvez expliquer calmement à l’entourage : « Il n’a pas très envie de faire un bisou maintenant, mais il est content de vous voir. Un coucou de la main, ça te va ? ». Vous normalisez ainsi le refus sans créer de drame, tout en proposant une alternative socialement acceptable. Vous enseignez une leçon inestimable : l’autonomie émotionnelle est une force, pas une faiblesse.

Princesse ou Guerrière : comment discuter des clichés véhiculés par les films d’animation avec ses enfants ?

Les jouets ne sont pas les seuls vecteurs de stéréotypes. Les histoires que nous consommons, et notamment les films d’animation et la littérature jeunesse, façonnent en profondeur l’imaginaire de nos enfants et leur perception des rôles sociaux. Les princesses passives attendant d’être sauvées ou les héros masculins qui ne règlent les conflits que par la force sont des scripts comportementaux puissants. Plutôt que d’interdire ces contenus, l’approche la plus constructive est de développer l’esprit critique de l’enfant en instaurant un dialogue.

Regarder un film ou lire un livre ensemble devient alors une opportunité d’analyse. Des questions simples peuvent tout changer : « Que penses-tu de ce que fait le personnage ? », « Est-ce qu’une fille pourrait faire la même chose ? », « Comment le héros aurait-il pu régler le problème sans se battre ? ». Ces interrogations transforment une consommation passive en une réflexion active. Vous n’imposez pas une conclusion, vous donnez à votre enfant les outils pour identifier lui-même les clichés et imaginer des alternatives. C’est le fondement de l’éducation aux médias.

Étude de cas : l’héritage de la BD franco-belge

La culture belge est imprégnée de la bande dessinée. Des œuvres iconiques comme Tintin, Les Schtroumpfs ou Spirou font partie du patrimoine. Cependant, une analyse critique révèle des stéréotypes marqués : quasi-absence de femmes chez Tintin, la Schtroumpfette comme unique figure féminine définie par son genre, etc. Utiliser ces exemples connus des parents et des enfants en Belgique est un excellent point de départ pour discuter de l’évolution des représentations et de la nécessité de personnages plus diversifiés et complexes aujourd’hui.

Pour nourrir cet esprit critique, il est aussi crucial de diversifier les sources. Explorez des œuvres qui proposent des modèles de personnages plus nuancés, des héros et héroïnes qui sont à la fois sensibles et courageux, réfléchis et actifs. Cette variété d’exemples prouve par l’action que les qualités humaines n’ont pas de genre.

  • Visitez le festival Anima à Bruxelles pour découvrir des courts-métrages d’animation du monde entier qui sortent des sentiers battus.
  • Explorez les livres de Kitty Crowther, une illustratrice belge primée, connue pour ses personnages profonds et ses univers poétiques loin des clichés.
  • Fréquentez les librairies jeunesse indépendantes comme Tropismes Jeunesse à Bruxelles ou La Licorne à Uccle, qui sélectionnent des ouvrages pour leur qualité et leur originalité.
  • Questionnez ensemble : « Que ferait le personnage si c’était un garçon/une fille ? », pour mettre en lumière les attendus implicites.
  • Inventez vos propres fins ou de nouvelles aventures en inversant les rôles traditionnels, transformant la lecture en un jeu créatif.

Exemple parental : pourquoi voir papa faire la lessive est plus efficace que n’importe quel discours ?

En matière d’éducation, et particulièrement pour déconstruire les stéréotypes, les enfants apprennent infiniment plus de ce que nous faisons que de ce que nous disons. L’apprentissage par imitation, ou modelage, est l’un des mécanismes les plus puissants du développement. Vous pouvez faire les plus beaux discours sur l’égalité, si votre enfant voit systématiquement maman gérer le linge, les repas et le ménage tandis que papa s’occupe du bricolage et des finances, le message implicite écrasera toutes vos paroles. La répartition des tâches domestiques n’est pas un détail logistique ; c’est une démonstration quotidienne et silencieuse de vos valeurs.

Voir un père s’investir pleinement dans les tâches du « care » (soin) et de l’entretien du foyer a un impact profond. Pour une fille, cela normalise l’image d’un partenaire impliqué et brise l’idée qu’elle devra tout assumer. Pour un garçon, cela légitime ces compétences comme faisant partie intégrante de la vie d’un homme et d’un père. Il apprend qu’être un homme, c’est aussi savoir prendre soin des autres, de son environnement, et que ces tâches ont une valeur. La bonne nouvelle, c’est que les mentalités évoluent en Belgique, comme le montre la hausse de 14% du congé parental chez les pères en 2024, un signe d’un engagement croissant.

Un père et son fils plient ensemble du linge dans une ambiance détendue et complice

L’implication des pères va bien au-delà de la simple aide. C’est un repositionnement fondamental qui montre que la parentalité est une responsabilité partagée. Cette tendance de fond se reflète dans les chiffres sur la prise du congé parental.

Évolution de la Répartition du Congé Parental en Belgique
Année Mères en congé parental Pères en congé parental Forme privilégiée
2018 69% 31% Temps plein (mères)
2023 65% 35% 1/5e temps
2024 63% 37% 1/5e temps (51%)

Ce tableau, basé sur des analyses de la RTBF, illustre un rééquilibrage progressif. L’augmentation de la part des pères, notamment sous la forme flexible du 1/5e temps, montre une volonté d’intégration durable de la vie familiale dans la vie professionnelle des hommes. Chaque père qui choisit cette option envoie un message fort à ses enfants et à la société : prendre soin de sa famille est une priorité et une compétence masculine.

« Un garçon ne pleure pas » : comment réagir quand l’entourage sort des phrases toxiques à votre enfant ?

Vous avez beau créer un cocon bienveillant à la maison, votre enfant sera inévitablement confronté aux stéréotypes de l’extérieur. L’une des phrases les plus tenaces et les plus dommageables est sans doute « un garçon ne pleure pas ». Cette injonction, souvent dite sans mauvaise intention, est un poison pour le développement de l’intelligence intrapersonnelle, c’est-à-dire la capacité à comprendre et à gérer ses propres émotions. En interdisant les larmes aux garçons, on leur apprend à refouler leur tristesse, leur peur ou leur frustration, les privant d’un mécanisme de régulation émotionnelle essentiel.

La science confirme que la perception des émotions est genrée très tôt. Une étude a montré que les adultes ont tendance à interpréter différemment les pleurs d’un même bébé selon qu’on leur dit que c’est une fille (elle a peur, elle veut un câlin) ou un garçon (il est en colère). Comme le soulignent des chercheurs, les pleurs des bébés n’échappent pas aux stéréotypes de genre, les adultes attribuant plus facilement la colère aux garçons et la peur aux filles. Cela crée un cercle vicieux où les garçons sont découragés d’exprimer leur vulnérabilité.

Votre rôle de parent est alors double : consoler votre enfant en validant son émotion (« Je vois que tu es triste, c’est normal de pleurer »), et intervenir auprès de l’adulte de manière calme mais ferme. Il ne s’agit pas d’entrer en conflit, mais d’éduquer. Une réponse préparée peut désamorcer la situation tout en faisant passer un message clair.

  • Réponse calme et éducative : « Chez nous, on pense que toutes les émotions sont utiles. C’est sain pour les garçons comme pour les filles de pouvoir les exprimer. »
  • Utiliser un modèle belge : « Même des artistes comme Stromae parlent ouvertement de leur sensibilité et de leurs moments de tristesse, c’est une grande force. »
  • Argument de santé mentale : « Autoriser les garçons à pleurer est l’une des meilleures préventions pour leur santé mentale à l’âge adulte. On leur apprend à ne pas tout garder à l’intérieur. »
  • Se référer à un cadre officiel : « D’ailleurs, les circulaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles insistent beaucoup sur le bien-être émotionnel de tous les élèves à l’école. »
  • Proposer une ressource : Si l’interlocuteur est réceptif, suggérez-lui de consulter les ressources de Child Focus sur le développement émotionnel de l’enfant.

En agissant ainsi, vous protégez votre enfant et vous plantez une graine de réflexion chez l’autre adulte. Vous affirmez que la régulation émotionnelle est une compétence humaine universelle, et non un apanage féminin.

Pourquoi les jeans à boutons retardent-ils l’acquisition de la propreté à l’école maternelle ?

L’éducation non-genrée se niche parfois dans des détails que l’on ne soupçonnerait pas, comme le choix des vêtements. L’acquisition de la propreté est une étape majeure du développement de l’autonomie. Pour qu’un enfant devienne propre, surtout dans le contexte de l’école maternelle, il a besoin de se sentir compétent et en contrôle. Or, un obstacle aussi simple qu’un jean trop serré, avec une braguette et un bouton complexe, peut saboter tout le processus.

Lorsque l’envie pressante arrive, l’enfant n’a que quelques instants pour réagir. S’il doit se battre avec son pantalon, le risque « d’accident » est élevé. Cet échec, répété, peut générer de l’anxiété, une perte de confiance en soi et un refus d’aller aux toilettes à l’école. C’est pourquoi les vêtements pratiques ne sont pas un luxe, mais une condition nécessaire à la réussite de cette étape. Les pantalons à taille élastique, les leggings et les joggings sont les meilleurs alliés de votre enfant. Ils lui permettent de se déshabiller et de se rhabiller seul, rapidement et sans frustration.

Recommandations des milieux d’accueil belges

Ce n’est pas un hasard si les puéricultrices de l’ONE et les instituteurs des classes d’accueil en Belgique le répètent aux parents à chaque rentrée : privilégiez les vêtements qui favorisent l’autonomie. Leur expérience de terrain le confirme chaque jour. Un enfant qui peut gérer seul ses besoins aux toilettes est un enfant qui gagne en confiance et en estime de soi, des compétences bien plus importantes qu’un style vestimentaire à la mode mais contraignant.

Le paradoxe est que les rayons « garçons » sont souvent remplis de ces fameux jeans rigides, tandis que les rayons « filles » proposent plus de leggings et de pantalons souples. N’hésitez pas à piocher des deux côtés ! L’objectif est le confort et la praticité, peu importe l’étiquette. Pensez « fonction » avant « mode ».

  • Privilégiez les marques belges comme Noukies ou Filou & Friends, qui ont souvent des collections pensées pour le confort et la motricité des tout-petits.
  • Explorez les collections spécifiques pour la maternelle chez des enseignes accessibles comme JBC ou C&A, qui proposent généralement des bas à taille élastique.
  • Pensez à la seconde main ! Les boutiques comme Happy Troc ou les bourses aux vêtements de votre commune regorgent de vêtements pratiques à petit prix.
  • Le critère numéro un : un pantalon que votre enfant peut baisser et remonter seul en moins de dix secondes.
  • N’oubliez pas de prévoir 2 ou 3 changes complets et faciles à enfiler dans son sac pour l’école, afin de dédramatiser les éventuels accidents.

Ce choix vestimentaire, en apparence anodin, a un impact direct sur la confiance de votre enfant. Pour ne pas l’oublier, vous pouvez relire pourquoi les vêtements pratiques sont essentiels à l'autonomie.

Montessori à la maison : pourquoi trop de jouets tuent la concentration de votre enfant ?

Dans notre quête pour stimuler nos enfants, nous tombons souvent dans le piège de la surabondance. Une chambre qui déborde de jouets, loin d’être un paradis, est en réalité une source de sur-stimulation et d’éparpillement. La philosophie Montessori, ainsi que de nombreuses études en psychologie du développement, le confirment : un enfant entouré de trop de sollicitations ne parvient pas à développer sa capacité de concentration profonde (« deep play »). Son attention papillonne d’un objet à l’autre, sans jamais prendre le temps d’explorer pleinement le potentiel d’un seul jouet.

Moins de jouets, mais de meilleure qualité et plus adaptés, favorisent un jeu plus riche et plus long. Face à un nombre limité d’options, l’enfant va naturellement chercher à approfondir son interaction. Il va explorer, tester, combiner, inventer. C’est dans ce jeu approfondi que se développent la créativité, la résolution de problèmes et la persévérance. C’est aussi là que le jeu symbolique, notamment avec une poupée ou des figurines, prend toute son ampleur. L’enfant a le temps de créer des scénarios complexes, de prêter des émotions à ses personnages, développant ainsi son empathie. Une enquête mondiale a d’ailleurs révélé que 91% des parents considèrent l’empathie comme une compétence sociale clé à développer.

Un coin de jeu épuré avec quelques jouets en bois soigneusement rangés dans un intérieur belge typique

Créer un environnement propice à la concentration ne signifie pas vivre dans l’ascèse, mais plutôt organiser l’espace de manière intentionnelle. La clé est la rotation des jouets. Au lieu de laisser tous les jouets accessibles en permanence, présentez-en une petite sélection (6 à 8) sur une étagère à hauteur d’enfant. Le reste est stocké hors de sa vue. Toutes les quelques semaines ou chaque mois, vous changez la sélection. Ce système simple a un effet magique : l’enfant redécouvre ses jouets avec un intérêt renouvelé et l’environnement reste ordonné et apaisant.

  • Utilisez les ludothèques communales, très répandues en Belgique. C’est la solution idéale pour varier les plaisirs sans accumuler chez soi.
  • Participez aux brocantes et « trocs » de quartier pour donner une seconde vie aux jouets qui ne sont plus utilisés et en trouver de nouveaux à moindre coût.
  • Rejoignez les groupes Facebook belges dédiés à l’échange ou à la vente de jouets Montessori d’occasion.
  • Appliquez la règle de base : 6 à 8 jouets accessibles simultanément, rangés de manière visible et attrayante.
  • Privilégiez les matériaux naturels et les jouets ouverts (cubes, foulards, etc.) que l’on trouve chez de nombreux artisans belges, qui permettent une infinité de scénarios.

La qualité du jeu prime toujours sur la quantité de jouets. Pour vous aider à mettre en place un environnement plus serein, relisez les principes d'un espace de jeu qui favorise la concentration.

À retenir

  • Jouer à la poupée n’est pas une question de genre, mais un entraînement direct à la « théorie de l’esprit », compétence cognitive clé de l’empathie.
  • L’exemple parental au quotidien, notamment la répartition équitable des tâches, a un impact plus fort sur la déconstruction des stéréotypes que n’importe quel discours.
  • La clé d’un développement harmonieux réside dans la diversité : diversité des jouets, des modèles de personnages dans les livres, et des rôles assumés par les parents.

Représentation dans les livres : pourquoi est-il crucial que votre enfant voie des héros de toutes couleurs de peau ?

Après avoir exploré l’importance de la diversité des rôles et des compétences, il est fondamental d’aborder une autre dimension cruciale de la représentation : la diversité ethnoculturelle. Pour qu’un enfant construise une image de soi positive et une vision du monde inclusive, il a besoin de deux choses dans les livres qu’il lit : des miroirs et des fenêtres. Les miroirs sont les personnages qui lui ressemblent, qui lui permettent de se sentir vu, légitime et représenté dans la société. Les fenêtres sont les personnages qui sont différents de lui, qui lui ouvrent l’esprit à d’autres réalités, d’autres cultures, d’autres expériences de vie.

Dans une société multiculturelle comme la Belgique, il est impératif que la littérature jeunesse reflète cette richesse. Un enfant qui ne voit que des héros blancs, blonds et aux yeux bleus intègre, inconsciemment, une hiérarchie où cette représentation est la norme, et les autres, des exceptions. À l’inverse, un enfant issu de la diversité qui ne se voit jamais dans les histoires peut développer le sentiment d’être invisible ou moins important. Offrir des livres avec des héros de toutes couleurs de peau, de toutes origines, avec des structures familiales variées, est un acte éducatif puissant.

Étude de cas : l’engagement des éditions belges pour la diversité

Heureusement, des acteurs du livre en Belgique s’engagent activement sur ce front. La maison d’édition Versant Sud Jeunesse, par exemple, a fait de la représentation et de la diversité le cœur de sa ligne éditoriale. Leurs albums et romans jeunesse sont pensés pour refléter la réalité de villes comme Bruxelles, Anvers ou Liège, permettant à chaque enfant, quelle que soit son origine, de s’identifier à des personnages forts et positifs. Soutenir ces éditeurs, c’est participer activement à la construction d’une bibliothèque plus juste et plus représentative du monde réel.

La diversité dans les livres n’est pas un « bonus » ou une option « politiquement correcte ». C’est une condition essentielle pour développer l’empathie, la curiosité et le respect de l’autre. C’est apprendre dès le plus jeune âge que le monde est pluriel et que chaque histoire a de la valeur. En choisissant consciemment des livres qui célèbrent cette diversité, vous donnez à votre enfant les clés pour devenir un citoyen du monde, ouvert et respectueux.

En fin de compte, élever un enfant libre des stéréotypes de genre n’est pas une série d’actions isolées, mais un état d’esprit. C’est faire le choix conscient, au quotidien, de valoriser les compétences humaines universelles plutôt que les étiquettes. Faites-vous confiance. En tant que parent, votre intuition, guidée par l’amour et le désir de voir votre enfant s’épanouir pleinement, est votre meilleur guide.

Questions fréquentes sur l’éducation non-genrée en Belgique

Comment aborder l’histoire coloniale belge avec mon enfant à travers les livres ?

Choisissez des livres adaptés à l’âge qui présentent une perspective nuancée et inclusive, permettant de déconstruire les stéréotypes hérités du passé colonial de manière progressive et pédagogique.

Où trouver des livres diversifiés en Belgique ?

Les librairies spécialisées, les bibliothèques communales et les blogs belges dédiés à la littérature jeunesse inclusive sont d’excellentes ressources pour découvrir des ouvrages représentatifs de la diversité.

Rédigé par Mathias Goossens, Éducateur spécialisé et consultant en parentalité positive, expert des dynamiques familiales. Il possède 14 ans d'expérience auprès des enfants et aide les parents à naviguer l'éducation bienveillante et le développement de l'enfant.